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mercredi 14 octobre 2009

"La Chronique à Lucien" revient!

J'ai le grand plaisir de vous informer que j'ai retrouvé une partie des articles écrits par "Lucien" dans un certain feu magazine dans une chronique célèbre "La mauvaise humeur de Lucien" et je les republie donc ici dans ce blog sous le libellé "LA CHRONIQUE A LUCIEN". J'aime particulièrement au choix cet "Epizeuxe de l'amalgame"

mardi 16 décembre 2008

La mauvaise humeur de Lucien: Mythes et réalités 2.0

A entendre les commentaires élogieux des observateurs habituels et des acteurs infatués du web X.0, tels qu’ils se sont auto-congratulés à un symposium récent, on a l’impression que rien n’a changé, le miroir aux alouettes fonctionne toujours. Les vendeurs de mirages sont toujours là et l’on boit leurs paroles parce qu’ils nous promettent un cybermonde rose bonbon.
Bien sûr, la première bulle internet a éclaté mais, disent-ils,  c’était la faute aux financiers. Bien sûr, c’est la crise mais, tiens, c’est encore la faute aux financiers, bonne idée,  et on souffrira tous ensemble,  non mais. Bien sûr, le web X.0 ne fait pas repousser les cheveux, il ne change décidément rien à la guerre, ni à la famine, ni à la fonte des glaciers mais on ne peut pas tout lui demander, quand même ! Ca me rappelle cette phrase terrible d’Isaac Singer à propos des écrivains qui eux aussi croiraient à leur destin : «  Ils ne peuvent pas changer le monde. Ils ne peuvent même pas le rendre pire. »
Par contre, les messages alarmistes des techno-gourous sont toujours là : attention, si vous ne prenez pas le train en marche, vous allez louper le prochain virage, vous ne serez ni Google, ni Meetic, tant pis pour vous ! Sous-entendu grossier : venez me voir que je vous explique, ça ne vous coûtera pas cher, je vous jure !
Le problème, c’est que depuis 8 ans, on cite toujours les mêmes rares acteurs, ceux qui ont su perdurer, ils devraient prendre des royalties sur le nombre de citations ! Et ce qu’on ne vous dit pas, c’est que pendant ces 8 ans, de par le monde, il y a beaucoup plus d’entrepreneurs qui ont fait fortune dans la finance, l’import-export ou l’immobilier, la pharmacie, la beauté ou le luxe que dans le web !
Ce qu’on ne vous dit pas non plus, parce que ce n’est pas internetement correct c’est que les seuls vrais business models à succès de la toile sont ceux du piratage, du spam et de la pornographie qui concentrent à eux trois 90% du trafic. Evidemment, à l’affiche d’un symposium, c’est moins vendeur.
Et enfin ce qu’on ne vous dit pas vraiment, à part récemment dans Sciences et Vie, bravo, c’est que jamais le réseau n’a été aussi près de l’implosion parce qu’il est le résultat d’un empilage invrai-semblable de bricolages successifs. D’abord des militaires puis
des universitaires, imaginez le résultat ! Il n’y a strictement aucune raison scien-tifique pour qu’il continue à fonctionner. Surtout que, dernière grande plaie, les pirates malveillants de tous bords qui sont de bien plus grands techno-experts que nos pseudos-gourous de salons, ont pris le pouvoir depuis longtemps sur internet parce qu’ils sont les seuls à avoir à la fois la compétence (achetée si besoin), les moyens et la volonté de parvenir à leur fin qui est, choisissez, de blanchir l’argent sale, manipuler les foules, financer le terrorisme ou d’escroquer son monde.
C’est dommage que personne n’ose dire tout cela, oui , c’est dommage parce que si on faisait la part des choses, alors, là , peut-être, on commencerait à voir émerger de vrais projets porteurs de progrès c’est-à-dire d’histoires belles et humaines,  comme tout ce qu’on sent de possible et d’authentique qui se cache derrière les réseaux sociaux et le collaboratif, derrière l’entreprise virtuelle et le social lending, derrière la co-création et le business en réseau.
On peut toujours rêver en attendant que le  ciel d’internet nous tombe sur la tête.

lundi 2 juillet 2007

Vocabulaire et Marketing

Il faudrait peut-être institutionnaliser le titre de cet article "Vocabulaire et Marketing" et en faire une rubrique car le poids des mots continue de me fasciner, il décèle souvent de vraies tendances. (lire Dictionnaire impertinent des branchés, en version intégrale avec liens hypertexte, sur ce site)
Dernier avatar: une discussion, fort intéressante au demeurant, avec un VP Europe d'un grand, d'un très grand de la high tech. Au détour de la conversation, j'apprends qu'on ne dit plus "headquarter" pour siège social mais "management hub" !... Un hub, qu'il soit d'aéroport ou de télécoms, ça échange, ça circule, ça communique, ça aiguille, ça disperse. Finis les managers du siège, voici les aiguilleurs du hub! Du coup, le siège devient éjectable,sans doute... Déjà que j'avais appris y'a pas longtemps qu'une femme ne cherchait plus un mari mais un géniteur stable, vl'à que l'entreprise aussi se met au reconditionnement de vocabulaire... Je ne sais pas où ça va s'arrêter. Les membres de Syntec ne font plus travailler des informaticiens mais des changeurs de monde. Remarque, ça, je trouve que c'est pas mal... Une grosse figure de la blogosphère m'annonce son départ pour les Etats-Unis où elle entend repartir de zéro, commencer une nouvelle vie, c'est beau, c'est frais, c'est enthousiasmant, on a envie de l'embrasser... Sauf qu'il dit : "Je pars me rebooter aux States.." Il ne parle pas de chaussure ni de plantage de PC mais bien de lui-même, coeur et âme compris. Le roi des blogueurs se prend pour l'homme bionique du prochain siècle ou de celui d'après, va savoir... Et horreur et putréfaction, moi-même, personnellement, l'autre jour, faut dire que j'étais fatigué, je me surprends à dire "voici un premier draft"... J'ai honte...
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lundi 25 juin 2007

L’avenir est une porte entrouverte

L’avenir est une porte entrouverte et moi je ne sais comment pousser cette porte. L’entrouvrir, glisser la tête par l’entrebâillement, risquer un œil frileux et progressif, puis avancer pas à pas comme sur des œufs ? Ou bien au contraire, lui donner un grand coup de pied dans le ventre, franchir le seuil en vainqueur et, une fois dehors, lever les bras quoiqu’il arrive, même s’il n’y a personne, ni foule hurlante, ni caméras pressantes, rien que la route qui se déroule devant moi comme un ruban d’ancienne machine à écrire, comme la pellicule des projecteurs fumants dans les vieilles salles de cinéma.Tant pis, j’avancerai bêtement puisque me voilà.
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mercredi 13 juin 2007

Plus rien à dire

[Chronique "La Mauvaise Humeur de Lucien" à paraître dans une prochaine édition du magazine 01 DSI]
Ceci est ma dernière chronique: elle s’autodétruira dès que vous l’aurez lue. Ne vous inquiétez pas si, après lecture, vous la voyez encore: en fait, elle ne sera virtuellement plus là. Elle aura été effacée de la mémoire collective comme disparaissent peu à peu les phrases organisées, la pensée construite, le savoir critiqué, la connaissance enseignée, l’information validée.

« On n'est pas un homme supérieur parce qu'on voit le monde sous un jour odieux. »
Chateaubriand


Tout cela s’envole - comme vous le savez et le pratiquez vous-même, j’en suis sûr, bande de sagouins ! - au profit du tag, du podcast vidéo, du zapping de pages web, du chat sur internet, du texto sur mobile, du photo-blog sur n’importe quoi, et de toutes les nouvelles formes de dialogue adoptées par les jeunes et qui se répandent dans la société.
L’échange prévaut sur le contenu et, comme un linge cent fois tapé sur la pierre du lavoir, le cerveau s’adapte à l’ajustement progressif du discours. L’itération circulaire devient le nouveau mode de communication.
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mardi 5 décembre 2006

Rapport Lévy : 184 pages d'immatériel

Faut se le farcir l'immatériel de Maurice Lévy, pdg de Publicis, ex directeur informatique! Même si, quand il remet son rapport sur le sujet à Thierry Breton, il lui donne une clé USB pour épater la galerie...
Mais si vous voulez le lire ce rapport, vous-même personnellement et sans intermédiaire, pour vous faire votre propre opionion et pas recopier bêtement celle des autres, y'a pas d'autre moyen que de se palucher ces 184 pages écrites sur une grande justif dans un petit corps, pas pour les yeux des vieux.
Mais les vieux dans l'immatériel c'est des has been , y z'ont rien à y foutre, y z'ont qu'à prendre leur pré-retraite bien matérielle, à 50 ans comme tout le monde.
Et à part çà me direz-vous? Rien que des scoops!
L'économie a changé, il faut changer d'échelle, changer de modèle, faire un saut éducatif, revoir notre politique de recherche, améliorer le financement des PME innovantes, mieux gérer ses marques (tiens le pubeux n'oublie pas son business!) sans tenir compte du paradoxe de la valeur gratuite, en travaillant tout le temps grâce au nomadisme mais en payant moins d'impôts et en supprimant tous ces réglements inutiles et anti-productifs.
Voilà,je viens de vous épargner cinq heures de lecture ardue du dernier pensum néo-libéral pseudo-branché à la mode, c'est pas la peine de me remercier, c'est immatéiriel!

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lundi 13 novembre 2006

La terre pense penchée

[chronique de Lucien à paraître dans un prochain magazine]
On savait l'axe de la planète Terre penché mais pas à ce point-là! Il s'agit ici de l'axe autour duquel gravitent deux types de comportements vis-à-vis de la technologie. D'un côté, ceux qui s'en méfient comme les Français et même - contrairement à ce qu'on imagine quand on réfléchit trop vite, ce qui arrive de plus en plus souvent - les Américains Et, de l'autre, ceux qui au contraire l'adorent comme le veau d'or, je parle des Japonais – Coréens - Chinois … et des Finlandais - Nordiques! C'est marrant comme on retrouve les mêmes attitudes aux antipodes et de part et d'autre des océans.


"Il ne faut jamais se retourner quand on ouvre un
sillon: c'est le plus sûr moyen d'aller de travers ; tous les laboureurs savent
ça..."
Claude Michelet

Nous, les Occidentaux normaux, on est plutôt Big Brother, Brazil (le film, pas le pays) et compagnie. Eux, les bizarres qui parlent de drôle de langues, ici au Nord où tout là-bas dans l'Est, ils fabriquent goulûment des petits chiens électroniques de compagnie ou des téléphones qui sont de véritables secrétaires personnels. Chez eux, les robots sont toujours gentils et serviables, chez nous c'est des gros méchants qui veulent nous piquer la place ou nous sucer le cerveau.

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mercredi 11 octobre 2006

Lapin communicant qui opine

Le voilà enfin, le gadget high-tech ultime, le rêve fou du branché, l'idéal dada de l'internaute, l'objet communicant moche et totalement inutile. Mais pas cher: 54,90€ A ce prix-là, ça serait bête de se priver. A quoi sert-il? A rien. Mais faut quand même le brancher d'un côté sur une prise électrique et de l'autre sur du wifi. Et alors là, tenez vous bien: il bouge une oreille! Si, si, je vous jure! Il peut aussi, paraît-il vous donner l'heure et la météo mais pas faire le café et les tartines ça non. Et, en plus, il s'apelle Nabaztag, qui veut dire dans notre merveilleux langage djeun : "T'es nase grave si tu m'prends pour un tag!" La pub se pourlèche: "Nabaztag bouge les oreilles. Son corps s’illumine de centaines de couleurs. Il joue de la musique, il parle, il sait lire. Nabaztag est un objet évolutif et intelligent."
Et nous, on en reste coi.




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mardi 10 octobre 2006

internet for ever, for the abrutissement total

Pour chercher de l’info, un européen moyen – cet être virtuel insupportable mesuré par les statistiques – passe 4 heures par semaine sur internet, contre trois seulement sur des journaux ou magazines (La Tribune du 10/10/06 citant une enquête du Financial Times = 1,50 € en achat express si vous voulez lire l'article sur le site de La Tribune, mais gratuit, et beaucoup plus complet, si vous le lisez en anglais sur le site du FT, et introuvable sur le site de Jupiter Research, à moins peut-être d'y consacrer une demi-heure, ce que je n'ai pas fait...)
Donc, ça y est, funérailles de funérailles, ce putain de web est passé devant le papier comme source principale d’info. Moment planant dans l’histoire planétaire, moment historique, maman! On va verser une larme, nous les vieux journalistes de la presse qui salit les doigts et après on ira boire un coup pour parler foot…

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jeudi 5 octobre 2006

Pauvre patron écartelé!

[chronique de Lucien à paraître dans 01 DSI n° 27]
« Nos patrons sont-ils à la hauteur ? » : ce n’est pas moi qui pose la question, jamais je n’oserai, vous pensez, avec tous ces boss qui traînent dans les couloirs et qui parfois lisent un journal. Non, c’est le très sérieux mensuel économique Enjeux – les Echos qui s’interroge ainsi. Il se demande si, aujourd’hui en France, ce ne sont pas les salariés qui font les frais du « capitalisme financier mondial ». Sacrilège ! Et panique dans les conseils d’administration : plus moyen de s’interjeter en douce ses jetons de présence, plus moyen de se diviser entre soi ses gras dividendes. Mais quel est ce monde où l’on ne peut plus s’enrichir sereinement sur le dos des autres, sans que les médias n’en fassent tout un ramdam? « L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres » disait pourtant Coluche, qui avait tout compris.




« Il suivait son idée. C'était une idée fixe et il était surpris de ne pas avancer »
Jacques Prévert

Il faut plaindre ce boss écartelé. C’est tout azimut qu’il doit rendre des comptes, au sens propre comme au sens figuré: aux actionnaires, aux médias, aux salariés, aux syndicats. Shiva du profit warning à la langue de bois, le patron ne peut plus patronner ni plastronner tranquille. Les « fonds » le surveillent, du fond de leurs abysses dorées de super-actionnaires. Ces fonds quasi-aveugles, qui ne savent lire qu’une ligne sur un bilan : celle du bas, qu’on appelle « bottom line » en anglais, ce qui ne veut pas dire « la ligne du derrière »…




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lundi 2 octobre 2006

Ceci n'est pas un titre

[chronique de Lucien paru dans 01DSI n°3]
Allez, une fois de plus, on va rire jaune ensemble des spécialistes de la communication et du marketing qui continuent à vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes, des produits lambda pour des solutions géniales, des stratégies d’actionnaires pour des bénéfices clients, les tics de comptables pour l’éthique des comptes, le patron pour un philanthrope et l’employé de base pour un collaborateur stratégique.
Tous inspirés par Magritte qui peint une pipe et appelle son tableau : « Ceci n’est pas une pipe. »




« On dit que Dieu a créé le monde en sept jours : facile ! Il n’avait pas de base installée, lui. »

Un directeur informatique

Et quand les cigarettes, de plus en plus chères, mettent sur leur paquet « Fumer provoque l’impuissance » on se dit que le monde marche vraiment sur la tête (et reste sexiste car que signifie exactement ce message pour la majorité de la planète, les femmes ? je vous le demande).
Pourtant, le virus des slogans décalés continue ses ravages. Telle grande marque n’est plus un vendeur d’équipements de sports mais un «
créateur de technologies sportives » : ça sonne mieux, non ?

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mardi 26 septembre 2006

MORT DU JOURNALISME

[Chronique de Lucien, de très mauvaise humeur ce jour-là, à paraître dan sun prochain magazine]
Oui, le journalisme est mort, y’a pas photo !
Si c’est pas aujourd’hui, c’est demain.
D’abord, plus personne n’a les moyens de se payer des journalistes salariés. Même pas chers, c'est trop cher, 9 semaines de vacances, et trop risqué, ça se rebiffe pour un rien.
Résultat: les quotidiens sont pris à la gorge, les radios dégraissent, les télés aussi et le web n’en veut pas, il préfère des « modérateurs ».

La tentation de l'impossible
René Magritte

Edouard de Rothschild, improbable sauveur de Libé, n’a vraiment rien compris. Mais c’est normal, quand on vit dans un monde doré, on n’a plus d’idées, on n’a que des préjugés.
Ensuite, les lecteurs n’ont plus envie de lire (voir, entendre) des « articles de journalistes ». Cela fait trop longtemps qu’ils les trouvent chiants, partisans, égocentriques et surtout sans aspérité, ronronnants, moutonniers ou au contraire déviants, bourrés d’erreurs, voire mensongers.
Tous les PPDA-like, blancs ou noirs, ont beau sourire et plaire, ils sont comme le tableau d’Oscar Wilde, haleine fraîche dehors, tout pourris en dedans.

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jeudi 21 septembre 2006

Dictature du clic et mort des idées

[chronique de Lucien qui vient de paraître dans 01DSI n°26]
Bientôt on recevra chacun dans sa boîte à lettres électronique son journal gratuit mis en page sur mesure par un logiciel, grâce au formulaire qu’on aura complété en cochant des cases et qui le remplira automatiquement en allant puiser dans une banque de contenus mis à jour en permanence, indexés de manière astucieuse. En fait, cela existe déjà ! C’est le nouveau genre de l’info personnalisée, à la demande, c’est monjournal.com.
Et tout le monde est content, les éditeurs de logiciels, les hébergeurs, les fournisseurs et, parait-il, les lecteurs-internautes aussi, parce que rien n’est plus important pour chacun d’entre nous de se croire unique. Le système se pare de toutes les vertus : c’est du one-to-one automatisé. On ne peut pas rêver mieux. Même dans l’automobile, ils n’avaient pas réussi à faire un truc aussi chouette...

« La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit ;
sans souci d’elle-même,
ni désir d’être vue. »
Angelus Silesius

Les marketeurs vérifient soigneusement les clics pour ajuster le contenu à la demande : tiens, en ce moment, il nous faudrait un peu plus de ceci, cela, un peu plus sur untel, une telle et les fournisseurs de contenus s’exécutent. Ainsi, on est sûr de ne décevoir personne et de coller en permanence à la demande client. On peut vendre tout cela, niche par niche, à ses annonceurs qui, eux aussi, font
passer des messages en fonction du contenu et de l’audience. La boucle est bouclée. C’est du CRM plus plus, aux petits oignons.

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jeudi 14 septembre 2006

Epizeuxe de l’amalgame

[chronique parue dans 01 DSI n° 4]
Longtemps désoeuvré de bonne heure, cliquant un jour sur la rubrique Livres d’Amazon, je découvrais avec amusement leurs trois derniers best-sellers en date: Harry Potter, Blake et Mortimer et L’Art d’avoir toujours raison. Ah ! soupiré-je, voici bien les nouveaux moteurs de ce monde : la magie magnifiée de l’enfance, la nostalgie britannico-policière des anciennes colonies et les beaux discours de toujours. Au fait, qui a osé pondre ce petit manuel sûrement à moitié bidon ? Arthur qui ?... Non ? Pas Arthur Schopenhauer qui ceci et qui cela ? Mais, si, Arthur lui-même en personne ! Le célèbre philosophe pessimiste, auteur de l’ineffable Parerga et Paralipomena (1851), l’homme qui s’époumonait à poser l’art et le boudhisme en solution à tous nos tourments... Ouaouh ! Bien joué, l’éditeur, ça c’est du marketing ! Enveloppé, c’est pesé ! Recycle, refourgué.

"Le contraire d'une vérité profonde, c'est une autre vérité profonde."
Niels Bohr, Nobel 1922, physicien nucléaire devenu pacifiste
Evidemment, il n’est pas certain que les nombreux lecteurs du bouquin alléchés par le titre, acheteurs aussi, nous dit Amazon, de Comment se soigner avec son petit doigt et de Faire la cuisine en dormant, auront compris qu’ils pouvaient accéder d’un seul clic à la quintessence de la rhétorique moderne, celle qui vous donne toujours raison quels que soient le sujet et le contradicteur. Ils pensaient plutôt, grâce à ce petit mode d’emploi, clouer facilement le bec de leur conjoint ou de leur banquier.
Amalgame, tel est le maître-mot de la communication. Prenez n’importe quelle idée, mettez-y un doigt de tendance, un zeste d’actu et hop ! Le tour est joué, le produit se vend comme des petits pains. Tout le monde veut téléphoner, tout le monde aime prendre des photos ? Et hop ! Voici le téléphone qui fait clic-clac plus vite que son ombre. Il paraît qu’au Japon où le gadget bat son plein, les filles se plaignent des pervers qui, l’appareil au bout d’un bras pendant, prennent discrètement des photos de bas en haut, sous leur mini-jupes. Les kiosquiers dénoncent ceux qui photographient les journaux plutôt que de les acheter. La pub d’un opérateur n’hésite pas à vous vanter les merveilleux trucages possibles comme de diffuser la photo d’une fausse parturiente avec un vrai bébé, vous vous rendez compte !
Fond et forme, contenu et contenant, amalgame des amalgames, tout n’est qu’amalgame. Il faudra donc s’habituer au film qui vous met dans le film, au lecteur mp3 qui vous transforme en chanteur, au journal de sport qui vous rend sportif, au politique qui vous rend intelligent, etc.
Hélas ! Hélas ! Hélas ! (Une figure de style, la répétition de mots, qui s’appelle l’épizeuxe), Schopenhauer avait raison : on se fiche que ce soit vrai du moment que c’est joli, le monde n’est qu’illusion. Et d’ailleurs, cette chronique, finalement et tout compte fait, n’existe plus depuis longtemps (*).
(*) la figure, quand on commence et termine par le même mot, s’appelle l’épanalepse.

Eloge du spam

[chronique publiée dans 01 DSI n° 2]
Mais, c’est incroyable, comment savent-ils que j’ai un tout petit zizi ? Même ma femme, après 20 ans, ne s’en est pas encore rendue compte. Eux sont aux petits soins pour mon pénis si clean. Tous les jours sur ma messagerie obèse, ils me proposent de me l’agrandir, dans toutes les directions et de différentes façons (vous avez remarqué, le remède est toujours en anglais, les Français n’osent pas aborder ce genre de sujet ça doit être pour ça). Les coquins, comment ont-ils pu découvrir que je suis le plus mauvais amant du monde et que j’ai parfois, rarement mais parfois quand même, des - petits, pas énormes - problèmes d’érection ?

« La perfection des moyens et la confusion des buts semblent caractériser notre époque. »

Albert Einstein

Je ne compte pas le nombre de propositions qui m’assaillent pour une vente discrète (et toujours en anglais) de Viagra multicolores.
Ce n’est pas tout, ils savent, les futés, que je cherche en permanence les prêts aux meilleurs taux sur toute la surface bancaire de la terre, car ils m’en proposent de très alléchants. Les premières offres japonaises commencent à débarquer sur le net et elles avoisinent le taux zéro : ce sera difficile de faire mieux.

Bouger, moi ? Jamais !

[chronique publiée dans 01 DSI n°6]
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, ces terriens hystériques, à vouloir à tout prix faire bouger les choses et les gens ? Ils ont peur de prendre racine ou quoi ? Mais c'est Racine qu'ils perdent ! Qui, dans ce monde effervescent, fera encore l'éloge de la paresse reine? Qui osera dire la joie indicible de la contemplation douce ?
Même dans l'eau, on ne voit que des pas drôles qui croulent sous le crawl, moi je coule cool, je fais la planche, je suis la baleine à l'aise, insensible à l'alène de la modernité.


" Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,

Rêver sur mon épaule
en y posant ton front ? "

Alfred de Vigny, La maison du berger

En marchant, je rêve. En lisant, je pleure. Vous les agités du bocal, vous pouvez toujours essayer de me parler, je suis un poisson rouge, je vous vois comme dans un film muet, tel un Buster Keaton face à l'agitation brownienne du 21e siècle.

mercredi 13 septembre 2006

La complainte du zygopétale


Je vous le dis bien en face, ça ne peut plus durer !
La techno nous bouffe, le cyber nous étouffe. Plus on s’occupe des chiffres, moins on s’occupe des hommes. Plus tu branches, moins tu penses : haut débit, gros dépit. Alors, je dis : halte-là !
Je voudrais un peu de poésie dans ce monde de la vitesse reine. Je voudrais du temps pour une âme calme et sereine.
Je voudrais que les gens se regardent dans les yeux quand ils se parlent, que chacun puisse se contempler dans sa glace tous les matins sans faire des grimaces.
Qu’on se souvienne plus souvent qu’on va mourir, Bill Gates comme les autres : ce jour-là, couvert de ses dollars, il sera aussi nu qu’un sans-papier car il ne pourra pas acheter le paradis (enfin, je l’espère, Saint-Pierre, je t’en supplie !).

La pluie est triste parce qu'elle nous rappelle le temps où nous étions poissons. »
Ramon Gomez de la Serna

Je voudrais que l’entreprise redevienne un lieu social habité par des âmes fortes et droites, soucieuses de développer un grand projet utile. Je voudrais combattre la lâcheté grandissante d’une planète affolée qui ne parvient même plus à intéresser les nouvelles générations.

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