mardi 6 février 2007

Manager de transition: bien gérer son transit

[Une chronique de Lucien Toscane à paraître dans un prochain magazine]


photo ci-dessous : Transit de Vénus



« Ecrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »


Marguerite Duras 


Vous avez remarqué ? On ne dit plus qu’on est en interim, ou chargé de mission, ou consultant. Non, désormais, on est
« manager de transition ». Un métier comme un autre, un peu risqué - c’est bon pour l’adrénaline - et très bien payé - encore meilleur pour le compte en banque. On change souvent d’employeur, par définition. L’avantage, c’est qu’on n’a pas le temps de se faire engueuler sur les dégâts qu’on a causés : on est déjà parti ailleurs. Que faites-vous dans la vie ? Moi ? Transit Man !



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On peut transiter en gestion, en comptabilité, en finances, en RH. Pas
de problèmes, il y a des besoins de transit un peu partout : faut que
ça sorte ! En informatique, notamment, le transit est une formule
prisée. Il y a en effet comme un parallèle à faire entre le haut débit
de 0 et de 1 qui dégoulinent des réseaux d’ordinateurs de l’entreprise
et le transit d’un manager qui passe en courant pour prendre quelques
décisions, en général impopulaires, et qui repart aussi vite qu’il est
arrivé.


L’important pour lui est de bien gérer son transit. Quelques
conseils : d’abord, lancer un audit qui dure des mois en expliquant aux
auditeurs exactement ce qu’on veut comme conclusion, c’est plus simple
et c’est moins cher ; ensuite, avant même d’en avoir reçu le bilan, il
faut accuser l’héritage. Ces grands systèmes propriétaires bichonnés
par le directeur informatique qui vient de partir à la retraire, il
faut les mettre à la casse chez Emmaüs immédiatement et les remplacer
par des batteries de serveurs lame, qui portent si bien leur nom : ils
coupent à perfection dans les budgets, les effectifs, les programmes.
Combien de serveurs lame ? Pas de limite, c’est ça qui est formidable.
Le bruit court que Google en aurait plus d’un million, entassés dans
des bunkers enfouis dans le sous-sol, cachés dans le désert américain.


Ensuite, il faut externaliser, soit ce que vous savez tellement bien
faire que ça finit par vous ennuyer, soit ce que vous ne voulez pas
faire parce que ça vous ennuie, soit ce que vous ne savez pas faire et
que vous n’avez pas envie d’apprendre. Si, avec une telle définition,
il y a quelque chose que vous ne pouvez pas externaliser, y compris
votre propre poste, c’est que vous êtes vraiment mauvais et que vous ne
méritez pas ce transit si bien réglé.


Enfin, et surtout, il faut décourager les vieux et leur expliquer
gentiment qu’ils sont des has been, que Cobol c’est moins bien que
Java, qu’on ne dit plus minitel mais Web 2.0, programmes mais widget,
télex mais texto.


Faites un blog pour mettre en scène ces quelques
idées, c’est encore mieux. Demandez discrètement à votre réseau de
connaissances Viadeo et autres Linkedin d’y multiplier les
commentaires, pour vous faire rapidement grimper dans le ranking
mondial des blogs de référence. N’écrivez surtout rien vous-même, vous
risqueriez de dire des bêtises. Prenez des nègres de blogs, il y en a
plein les couloirs. Le mieux, c’est les journalistes ou pubeux au
chômage. Vous les payez des clopinettes et, en plus, ils sont contents
de continuer à taper sur un clavier.


Quand sortir ? Ce sera la décision la plus délicate de votre transit.
Celui qui attend trop sort amolli, victime de crises intestines; celui
qui sort trop vite reste dur car il n’a pas eu le temps de digérer tout
ce qu’il devait. Restez à l’écoute : un mauvais transit ne pardonne pas
!

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